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Editions Mémoire Vivante

Anaïs BON

, 12:36pm

Anaïs Bon est née en 1982. Ayant grandi beaucoup en Ile de France et un peu ailleurs (l'Egypte, Singapour), elle vit désormais à Paris. Le goût de la poésie - travail du rythme et de l'image, organique presque comme celui du sang - la tient depuis qu'elle sait manier la langue et le crayon. Comment dire ? est la question qu'elle pose à tout. Pour savoir comment le langage peut faire corps, elle cherche aussi, ailleurs, du côté de la pratique théâtrale.

 

 

TAPIS D'IVRAIE

 

Le Livre

 


tapis d'ivraieL'ivraie, cette graine toxique qui entrave la croissance et dont Anaïs Bon tapisse sa poésie, prend peut-être son germe dans l'enfance. Car l'enfance sait tout. Jouir, dormir et naître. Après il faut bien grandir et si pour grandir il faut tuer, sortir alors le grand coutelas. Si porte close, celle du temps disloqué, l'enfoncer. Derrière la porte, la triste farce du quotidien, établie pour repousser les mystères. Sortant de l'enfance, posant un pied dans l'embrasure du monde, il faut résister. Mais à force de résister, on ne sait pas se défendre de cette ignoble trahison du réel.

C'est cette question que pose Anaïs Bon, ais-je jamais su la règle du monde ? Tapis d'Ivraie ne cesse de passer cette interrogation première su le métier à tisser poétique. Il y a cette tension entre le tissu de la mort et la vie greffée par dessus. Il y a cette volonté farouche d'être chair et voix ; mais la chair, comme le temps, se putréfie et la voix s'assèche. Anaïs Bon convoque ses antidotes habituels: l'amour, l'ivresse, le présent. Elle tente d'exorciser sans perdre. Elle cherche prise. Mais sortie des bras du présent, nulle issue ; soulevant ainsi cette dernière question : a-t-on sa part de trahison dans le monde ?

Tapis d'ivraie cherche une esthétique du monde, où il ferait beau, abstraction faite de tout. Anaïs Bon développe sa poésie pendue à la beauté comme une viande à un croc, et coud poème après poème sa voix singulière dans la conscience du lecteur.

 

Extrait



Pas un bruit faux.
"espaces libérés de l'homme"
au-dessus, béance bleue
au plan premier, des moucherons en trille de lumière
une douleur diffuse "malgré"
l'on ne sait pas y être seul.
Pour ces névés, j'invente
la joie impossible du plus-triste
il fut cela, et rien d'autre
roc, neige
la plus prime enfance.
J'ai tout su, alors
chercher après fut dérisoire
l'enfance sait tout
jouir
dormir
et naître.
Après, les plus tristes affrontements.

 

2009, Mémoire Vivante, 64 pages, ISBN 978-2-903011-82-6, 16 euros


 

 

ABSIDE

 

Le Livre



couverture-Abside.jpgAbside est un dialogue solitaire, un jeu de massacre où s’empoignent l’humour et le désespoir, un jeu qui mène à la folie, au terme duquel le salut vient du péché même. Un dialogue d’appels et de rejets, où la voix porte secours à la solitude. Anaïs Bon nous montre ici comment dresser un théâtre à sa folie, dans cet espace poétique de la souffrance, elle met en scène des accouplements de pantins, les corps toujours se trouvent entre vivants et morts, aimer y est une lèpre, à cause de l’absence/présence d’un amant presque mythologique, religieux, un amant de ruptures, peut-être le lecteur lui-même, aspiré par le poème.
Car la lecture d’Abside est une expérience physique, faite d’avortements, d’ongles arrachés, d’étranglements suspendus, de visages taillés. Poésie organique de fièvre lucide, de forte fièvre, de brutale lucidité. La pièce démontée, il reste la prière de deux corps à l’aube, il reste des airs neufs, pour nous cancéreux.

 

Extrait



un matin, si calme et lacté

la paix, comme un début de messe

un orage

qui s'endormait, qui chuintait tendre

avec candeur, je m'assassine

 

 

2006, Mémoire Vivante, 80 pages, ISBN 2-903011-63-X, 16€


 

 

DOMINICALES

 

 

Le Livre



Anaïs bon travaille la langue au corps, elle crée une poésie charnelle de souffrance et d'exaltation.

 

 

Extrait

 


Donc un jeu de meurtre.

Le couplet tiré aux nerfs,

s'accouche, se délivre et se détend.

Les larmes vinrent au forceps,

étonnamment froides.

 


2004, Mémoire Vivante, 80 pages, ISBN 2-903011-55-9, 16€