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Editions Mémoire Vivante

François HEUSBOURG

, 12:36pm

François Heusbourg est né en 1981. Il est l'auteur de trois recueils de poésie et un livre d'artistes aux éditions Mémoire Vivante. Vit et travaille à Nice, où il anime la galerie-librairie Arts 06, spécialisée dans l'art et la poésie contemporaine.

 

ORAGIE

 

Le Livre

 

couverture-oragiePris dans la trame du monde les soirs d'orage, pris dans les vêtements du monde, on compte les pertes dans les rues les soirs d'orage. On se demande s'il faut fuir, ou juste partir ? Sur le départ, armes et bagages, ce qui n'est pas perdu, toute une nuit, tout un matin, contre la route, dans l'embellie. Pris dans les paysages et pris dans la trame des routes, à la traversée du pays, les terres meubles, la dégringolade des mondes à la radio. Les routes tiennent le coup, les hommes sur les routes, à l'endroit du monde. Accalmie du voyage. On parcourt le pays, on s'aime, et on fuit. L'aventure ou la fuite, moteur gronde, orage gronde. Couvert par les vêtements du monde. Pays qu'on abandonne et pays qu'on transforme. Ce qui est à vendre, ce qui est à prendre. Petit monde, petite pluie, petit matin. La voiture s'engouffre dans le soir. L'amour comme passager. L'amour freine, la mort fonce. Reste. Pars. Accalmie. Oragie.

 

Extrait

 

Je pars dans la petite nuit

Qui précède le petit matin

Le soleil se lève tard en chemin

Et me rattrape        sur la route

Jambes légères sur l’accélérateur velouté du matin

Je conduis vers la mort, le réservoir est plein

Le moteur gronde

Un avion passe

Sur un buisson de roses

Mes pensées roulent hors de la conscience de la route

Je suis réveillé depuis sept heures

Mais l’esprit me donne l’alerte du monde après midi

Dans quelle torpeur songeuse ais-je séjourné ?

Quels fantômes ais-je suivis ?

Quelles épouvantes

La mer, le feu, l'eucalyptus, mes hypnoses

Je conduis vers la mort               pas la mienne

Fin de zone aménagée

Grands troncs coupés sur le bord de la route

Les lointains profils bleus des montagnes

Forment comme la frontière apaisante du monde

J’ai brassé le jour, j’ai brassé la nuit

Dans une épouvante

Du haut des villages belvédères les collines se succèdent

En vagues azur et grises

Et deviennent dans leurs couleurs qui s’estompent 

Un horizon de mer immobile

Une mémoire fossile              panorama mortuaire

D’un monde qui a eu le temps de vieillir

L’envie monte en soi de plonger dans ces vestiges

Dans cette succession de vagues figées

Elles ont vu d'autres hommes en d'autres temps

Et j’ignore si j’ai tout emporté

Ou si j’ai tout laissé derrière moi.

 

Dessins d'Adrien Rozzatti

2011, Mémoire Vivante, 64 pages, ISBN 978-2-903011-96-3, 16 €

 


 

CONTRE-ESCALES

 

Le Livre


Contre-Escales-Heusbourg.JPGContre-Escales est d'abord un retour, le glissement du voyageur vers son foyer. Le poète revient de "l'insomnie du grand bain noir", la longue nuit aveugle. Dans cette odyssée urbaine, François Heusbourg dresse le théâtre multiple d'une cité nocturne, hivernale, fourmillante. Il traverse la ville, emprunte des corridors, des tunnels souterrains, croise des visages qui "coulent le long des vitres sales". Il reconnaît l'empreinte des rues et les "néons en graffitis sur la chaussée". Aux carrefours il observe doucement : "cloués sur le passage, les hommes à la dérive." Autant de poèmes, autant de "contre-escales", ces stations, ces détours, ces décors qui le conduisent au "Home" de la seconde partie : le domicile, le quotidien et l'absence peut-être d'un amour laissé derrière lui. Pénélope inconnue, un premier indice filtre, "elle avait le prénom d'un pays de chercheur d'or", c'est alors tout un ouvrage d'incantation de l'être aimé qui est remis sur le métier à tisser, en vain. Il y a eu une déchirure, loin derrière mais qui résonne dans chaque vers ; depuis l'amour regretté "ton visage, notre front commun", puis déliquescent au souvenir "des mains brèves". Le motif surgit complètement dans "Amour cru", grand poème de plusieurs pages qui ferme "Contre-Escales", en forme de genèse, sept strophes pour autant de jours qui éclatent et de fils qui se rompent. François Heusbourg nous chuchote "les vieux orgasmes d'un monde qui s'écarte", et s'ouvre sur notre solitude.

Extrait

 

Cloués sur le passage

les hommes à la dérive

et les gués assoiffés 

brasier rouge l'oeil interdit

La rue siffle ses vents éteints

j'ai bien failli disparaître contre des moteurs silencieux

cloués à la dérive les hommes assoiffés

 et les gués interdits

 


Dessins d'Adrien Rozzatti

2007, Mémoire Vivante, 84 pages, ISBN 2-903011-68-0, 16€



 

 

LES CELLULAIRES

 

 

Le Livre


Plongée dans la cellule d'un condamné, coupable de sa douleur, qui dévoile peu à peu sa condition précaire d'homme sans sursis.

 

Extrait

 
Toutes les nuits

Dans mes rêves tu 

Me quittes et j'en crève

La moitié du lit

Cette Sainte-Hélène

A laquelle tu

Me circoncis

 


Dessins de Sébastien Bonnargent

2005, Mémoire Vivante, 64 pages, ISBN 2-903011-58-3, 16€

Tirage de tête, 20 exemplaires numérotés avec une gravure de Sébastien Bonnargent, 50€